Archives de Catégorie: Histoire

Les boucles du costume : boucles de chaussures, de culotte, de col, de chapeau…

Au XVIIIe s., la boucle de chaussure est l’une des boucles à système du costume masculin et féminin. « Pendant plus de 150 ans, écrit François Doré dans Les Boucles de Costume en France (Ed. Massin), de 1650 à 1830 environ, les boucles ont été étroitement prises en compte et associées aux choix vestimentaires. Paradoxalement ce sort commun du costume et de l’accessoire découle de ce que l’on pouvait à son gré, et selon son humeur, les circonstances et les exigences du dernier cri, dissocier les boucles du vêtement. »

De fait, on trouve parfois les boucles de chaussures réunies dans un même écrin avec une paire de boucles plus petites, dont la chape est en général en forme d’ancre : les boucles de culotte, dites aussi boucles de jarretières. Fixée sous le genou, au bas de la culotte, la boucle permet un ajustement plus précis de la culotte à la jambe. L’ardillon à double pointe se fiche dans le serrant de la culotte.

Elijah Boardman, peint par Ralph Earl en 1789, arbore fièrement boucles de chaussures et boucles de culotte

Elijah Boardman, peint par Ralph Earl en 1789, arbore fièrement boucles de chaussures et boucles de culotte

Une parure XVIIIe en argent, or et pierres du Rhin présentant dans un même écrin une paire de boucles de souliers et une paire de boucles de culotte

Une parure XVIIIe en argent, or et pierres du Rhin présentant dans un même écrin une paire de boucles de souliers et une paire de boucles de culotte

On trouve également, dans le costume masculin, des boucles de col. A l’origine militaire, notamment chez les grenadiers, le « tour de col » ou « stock » est une bande de cuir ou, le plus souvent, de tissus armaturé de crin de cheval ou de carton. Il règne vers 1750-1760 dans le costume civil. Il entoure le cou et s’ajuste à l’arrière par une boucle très spécifique, qui se reconnait par sa chape munie d’agrafes et son ardillon triple ou quadruple.

Le tour de col de Jean-Charles Garnier d'Isle est retenu par une boucle de col, sans doute similaire à celle représentée sous le portrait

Le tour de col de Jean-Charles Garnier d’Isle est retenu par une boucle de col, sans doute similaire à celle représentée sous le portrait

Les autres boucles principales sont les boucles de chapeau, essentiellement décoratives, placées à la base du tube du chapeau en tronc de cône, et les boucles de manchon. Les boucles de ceintures, inusitées dans le costume civil avant 1780, apparaissent dans le costume féminin à la fin du XVIIIe puis se généralisent au début du XIXe.

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Les boucles du prince de Galles, futur George IV

George, prince de Galles en 1792, miniature sur ivoire, © National Portrait Gallery, Londres

George, prince de Galles en 1792, miniature sur ivoire, © National Portrait Gallery, Londres

George Auguste Frederick, prince de Galles, futur George IV (1762-1830) est connu pour ses extravagances, sa coquetterie, et sa vie désordonnée par des excès d’alcool et d’amours. Ce « prince obèse, futile, égocentrique, capricieux, dépensier, narcissique et coureur de jupons invétéré » qui « n’hésitait pas se montrer en habit de satin rose avec des perles et un couvre-chef orné d’une multitude de sequins« , selon Wikipedia, est aussi notoire pour sa relation complexe avec le Beau Brummel. Avant même cette rencontre cependant, il est « notoire » – c’est à dire que les biographes de George IV le reprennent à l’envi sans sourcer leur affirmation – que le prince de Galles aurait, dans les années 1780, lancé la mode d’une nouvelle forme de boucles de chaussures inspirée par les boucles d’Artois.

Par exemple, dans l’Histoire de la vie et du règne de George IV, par William Wallace, publiée juste après la mort du prince en 1831 :
« L’exemple dissipé et frivole du comte d’Artois à la cour de France a influencé le prince de Galles. Dans un esprit de rivalité avec le prince de France, il a « lancé« , comme on disait, « une nouvelle boucle de chaussure dans le beau monde » [en français dans le texte]. La mesure réglementaire de cette nouvelle boucle était de « cinq pouces de long sur un pouce de large, couvrant le pied jusqu’à quasiment toucher le sol de chaque côté ». Un schisme survint dans le « beau monde », les plus jeunes adoptant la nouvelle boucle étroite, les plus vieux restant fidèles à la vieille et orthodoxe boucle large. Cette anecdote semblera triviale aux lecteurs sérieux, mais elle peut piquer la curiosité des amateurs de mode. »

Ce qui est sûr, c’est que de telles boucles, longues de 12 cm pour 3 cm de largeur environ, existèrent dans le « beau monde » anglais à la fin du XVIIIe siècle. On les appelle « boucles du prince de Galles » ou « boucles de George IV ».

Boucles anglaises en argent doublé à la mode du prince de Galles, vers 1790. 12 x 4,5 cm. Collection de l'auteur.

Boucles anglaises en argent doublé à la mode du prince de Galles, vers 1790. 12 x 4,5 cm. Collection de l’auteur.

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L’escarpin masculin, à boucle… ou pas.

Les gouaches de Lesueur, sous la Révolution, permettent de voir le décolleté progressif du soulier masculin. Ici, vers 1790, la boucle est positionnée très bas sur le soulier, qui n'est pas encore à proprement parler un escarpin

Les gouaches de Lesueur, sous la Révolution, permettent de voir le décolleté progressif du soulier masculin. Ici, vers 1790, la boucle est positionnée très bas sur le soulier, qui n’est pas encore à proprement parler un escarpin

L’escarpin n’est pas une chaussure féminine à haut talon. En français, l’analogie avec l’adjectif « escarpé », avec lequel il est pourtant sans lien étymologique direct, entretient cette méprise assez fréquente. L’escarpin est un soulier masculin plat et léger ne couvrant pas le cou de pied ; il est réalisé le plus souvent d’une pièce  de cuir,  et ne nécessite pas de système de fermeture : il s’enfile. Pouvant être ôté et remis très rapidement, commode et tenant au pied, il est plutôt une chaussure de travail et d’intérieur, pour les domestiques. Son nom vient de l’italien « scarpino », petit soulier, diminutif de scarpa, le soulier. Mais il prend également en français, semble-t-il dès le XIVe siècle, le nom de « pompe », peut-être par analogie avec le son qu’il produit en marchant ou parce que, très décolleté, il prend facilement l’eau. Il a donné en français le terme argotique pompe, et le terme anglais « pump », soulier décolleté de cérémonie, escarpin.

La mode masculine, à la fin du XVIIIe s., voit le soulier se décolleter progressivement pour prendre peu ou prou la forme d’un escarpin. Mais il conserve encore, sous la Révolution et l’Empire, un système de fermeture (bouffette de rubans ou boucle) qui devient vers 1830 uniquement décoratif puisque l’escarpin, désormais très décolleté, peut aisément s’enfiler.

L’escarpin demeure en France, durant le XIXe siècle, jusqu’en 1900 environ, le soulier de cérémonie. Outre-Manche, il conserve ce statut tout au long de la période victorienne puis edwardienne, et même jusqu’aujourd’hui, ainsi qu’aux Etats-Unis. Il est à boucle (décorative) ou bouffette, puis a partir du milieu du XIXe siècle jusqu’aujourd’hui à nœud de gros-grain sous le nom de « opera pumps », américanisé en « oprah pumps », ou « court shoe ». Voici une galerie d’escarpins masculins, de la Révolution à nos jours.

Escarpins à boucles portés par Louis XVI dans le tableau de Louis Hersent. Attention, c'est une oeuvre réalisée en 1817.

Escarpins à boucles portés par Louis XVI dans le tableau de Louis Hersent. Attention, c’est une oeuvre réalisée en 1817.

Souliers partiellement décolletés de l'empereur Napoléon, par David, en 1812

Souliers partiellement décolletés de l’empereur Napoléon, par David, en 1812

Escarpin à boucle (réplique) par Robert Land Historic Shoes

Escarpin à boucle (réplique) par Robert Land Historic Shoes

Escarpins masculins, vers 1830

Escarpins masculins, vers 1830

Napoléon III en tenue civile de gala, portant des escarpins, par Cabanel (1865)

Napoléon III en tenue civile de gala, portant des escarpins, par Cabanel (1865)

Oscar Wilde en escarpins

Oscar Wilde en escarpins

Escarpins à la cour du roi Edouard VII d'Angleterre, vers 1901. Le roi porte des escarpins à nœud de gros-grain, les autres dignitaire des escarpins à boucles, essentiellement décoratives et peut-être factices.

Escarpins à la cour du roi Edouard VII d’Angleterre, vers 1901. Le roi porte des escarpins à nœud de gros-grain, les autres dignitaire des escarpins à boucles, essentiellement décoratives et peut-être factices.

Georges V et les premiers ministres du Commonwealth en 1926

Georges V et les premiers ministres du Commonwealth en 1926

Le prince Charles consacrant l'usage de l'escarpin comme "formal shoe", en 2012

Le prince Charles consacrant l’usage de l’escarpin comme « formal shoe », en 2012

Escarpin masculin par Shipton and Heneage

Escarpin masculin par Shipton and Heneage

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Les boucles commémoratives

Les événements historiques du XVIIIe siècle sont parfois l’occasion de créer des boucles commémoratives, extrêmement prisées des collectionneurs.

Le mariage du dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, avec Marie-Antoinette en 1770 suscite la création de boucles de chaussures « au dauphin ». Le musée de Rennes en conserve une paire en argent, oeuvre de François-Nicolas-Joseph Girard (inv.2006.18.01). François Doré a dans sa collection une boucle de culotte du maître-orfèvre L.A. Mignot, ornée de dauphins – symbole du Dauphin Louis Auguste – et d’aigles bicéphales – symbole de l’Autriche, patrie de Marie-Antoinette.

En 2011, s’est vendue aux enchères une boucle commémorative à l’effigie de George Washington pour plus de 6 500 dollars.

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Boucle commémorative, pour la seconde investiture de George Washington en 1793. Bronze argenté, 6,5 x 6,5 cm © HeritageAuctions, Dallas.

Sa forme, rectangulaire à angles coupés, très incurvée, et ses dimensions amples (6,5 cm x 6,5 cm) sont caractéristiques de la fin du XVIIIe. Elle est en métal vil (bronze argenté), son système d’attache en acier est à contre-chape.

Dans un cartouche ovale, au mitan de la ligne supérieure du rectangle, s’affiche un Aigle américain tenant un rameau d’olivier et des flèches. Un buste de George Washington apparaît en bas. L’effigie présidentielle et l’aigle ressemblent étroitement aux éléments ornementaux d’une pièce de monnaie 1792 des États-Unis. Nous pouvons donc penser que cet accessoire de mode a été réalisé après 1792, peut-être pour commémorer seconde investiture de Washington en 1793, ou la mort de Washington, le 14 décembre 1799. La New York Historical Society possède également une paire de boucles à l’effigie de Washington, faites d’argent.

Boucles de souliers du musée de Dunkerque

Magnifique paire de boucles de souliers d’homme, d’époque Louis XVI, en argent ciselé à motifs géométriques de fleurs et de feuillages

France, Dunkerque, maître-orfèvre, poinçons et date non précisés.

Chapes et ardillons doubles présents, en acier.

18e siècle

Longueur en cm : 6,2

Largeur en cm : 4,6

Hauteur en cm : 2,6

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Une boucle de soulier de Louis XVI

L’étude de maître Olivier Coutau-Bégarie propose à la vente le 3 avril 2013 une boucle de soulier réputée avoir appartenu à Louis XVI.

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Le catalogue de la vente, reproduit avec l’autorisation de l’étude,  la décrit ainsi :

« Boucle de soulier du roi Louis XVI. Modèle rectangulaire, en argent, légèrement bombé, à décor d’un double encadrement de perles d’argent taille diamant. Une étiquette en carton porte l’inscription manuscrite : « Boucle du roi martyr, remise par Cléry,[partie illisible], duc de Looz Croswarem ». Au revers figure un texte en partie effacé. Cette boucle est depuis l’origine conservée dans une étoffe en velours de soie,de couleur bordeaux, précieusement cachée dans un emboîtage en bois recouvert de cuir, imitant une reliure du XVIIIe siècle. Maître orfèvre : François-Noël Devaux (1783-1784), Paris. Dimensions : H. : 4 cm –L. : 8 cm.  Poids. : 27 grs.

Provenance : Cet émouvant souvenir historique fut remis par Jean-Baptiste Cléry (1759-1809), valet de chambre du roi lors de sa captivité à la prison du Temple, au duc Guillaume-Joseph de Looz-Croswarem (1732-1803) et conservé depuis dans sa descendance.

Référence : « Marie-Antoinette et son temps », catalogue de l’exposition,Galerie Sedelmeyer, 1894, n°22, page 27  »

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Maître Coutau Bégarie nous a permis d’étudier la boucle de près.

Il s’agit d’un très beau travail d’orfèvre parisien. La course de ruban, bordée de part et d’autre par des clous ou des perles en taille diamant forme un ensemble très réussi. L’orfèvre François-Noël Devaux n’est pas répertorié dans le livre-référence de François Doré sur les Boucles de costume en France. Je me promets d’en chercher davantage sur son compte, car je peine à expliquer comment ce travail de 1783-1784 se retrouve au pied du Roi. L’expert Cyrille Boulay ne nous en dit pas davantage, même s’il rapproche habilement cette boucle de celle « similaire » [sic] (On ignore sur quel fondement : elle n’est décrite nulle part…) qui se serait détachée du soulier royal lors de la fuite des Tuileries, dite « fuite à Varennes », en juin 1791.

Ajoutons que, dans la fonte généralisée des boucles de chaussures, le Roi a du faire l’objet d’une surveillance patriotique particulière.

Peu importe au fond. Cléry est connu pour avoir fait sa fortune, dans tous les sens du terme,  sur les reliques royales, et la provenance supposée Cléry est à elle seule une provenance intéressante. Le trafic important de ces reliques dès 1793 et jusqu’aujourd’hui rend difficile l’établissement de certitudes.

On note que la boucle n’a plus son système de fermeture original, à chape et ardillon double.

J’ai pu prendre des mesures sensiblement plus précises : 3,85 cm x 8 cm. La hauteur hors tout, qui donne la courbure, est d’environ 1,8 cm.

Vous trouverez le montant de l’adjudication dans l’article sur le prix des boucles.

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La boucle de chaussure, et après ?

Paire de boucles des années 1770 en argent, strass et émail remontée en bracelet

Paire de boucles de soulier des années 1770 en argent, strass et émail remontée en bracelet. Poids 112 gr.

Au début du XIXe s., la boucle de chaussure tombe en désuétude. Elle rejoint, avec la perruque poudrée à frimas, l’esthétique élégante d’un temps révolu. Les plus précieuses, en pierres véritables, sont le plus souvent desserties, pour faire des bijoux au goût du jour. L’or est souvent fondu. L’argent, moins précieux, échappe parfois à la fonte et gagne le grenier.

Il arrive aussi que celles montées en pierres de fantaisies (strass ou pierres du Rhin…) sont réemployées. La beauté du bijou, et le matériau assez vil, justifient qu’elles soient remontées au prix de transformations assez minimes. Ces travaux d’adaptation sont difficiles à dater, on les présume souvent de la fin du XIXe s. ou des années 1900, lorsque le XVIIIe s. revient à la mode.

Le plus souvent, le système en est ôté et une simple agrafe est posée à l’arrière : la boucle devient broche. A cette occasion, lorsque cela n’avait pas encore été le cas, la paire est hélas dissociée.

Un remploi moins fréquent, mais souvent plus convaincant, est le bracelet. Au plus simple, la boucle est remontrée sur un ruban de soie ou de gros grain, est est portée en bracelet.

Un motif central, un mot, un prénom est parfois ajouté.

On trouve aussi, lorsque la courbure et les dimensions  initiales de la boucle le permet, des bracelets formés de deux boucles.

 

Paire de boucles des années 1770 en argent, strass et émail remontée en bracelet

Paire de boucles de soulier des années 1770 en argent, strass et émail remontée en bracelet. Collection privée. DR.

 

 

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Des boucles de chaussure en faïence

« Des boucles de chaussures en faïence, ça n’existe pas ! Et pourquoi pas… ?  » serait-on tenté d’écrire en plagiant Robert Desnos. On peut en effet peiner à l’imaginer, tant la fragilité de faïence semble incompatible avec l’usage des boucles de souliers.

Nous avions déjà noté cependant la présence d’éléments décoratifs en faïence, comme les pseudo-camées de Wedgwood, enchâssés dans de larges boucles d’acier.

Les collections britanniques, une fois encore, permettent d’attester l’usage de boucles au cadre entièrement en faïence, du moins en Angleterre. Rares sont celles qui sont parvenues jusqu’à nous.

Boucles de chaussures en terre cuite émaillée, v.1780. © Manchester City Galleries

Le musée de Manchester (Royaume-Uni) conserve en particulier une paire de boucles en terre cuite rouge foncé, glacées d’un émail noir orné d’une frise de feuillage blanc. Elles mesurent chacune 6,9 cm de long pour 5,6 cm de large et une épaisseur de 3,3 cm au plus haut de la courbure. Elles ont conservées leur système de fermeture en acier à chape et ardillon double. Datées des années 1770/1790, elles sont entrées dans les collection du musée en 1923. Rien ne permet de renseigner leur usage (boucles de chaussures d’homme ou de femme ? boucles de deuil ? ). Seule leur provenance, le comté de Staffordshire, semble établie.

Le même musée conserve une boucle solitaire, en biscuit blanc émaillé, de grandes dimensions également : 7,3cm x 5,7cm (épaisseur 3,8 cm). La boucle présente un décor intéressant de traits, perles et rinceaux d’un goût Louis XVI rustique, dans les tons bleus, verts, rouge et violet. Elle n’a plus son système d’attache en acier. Datée des années 1780-1800, elle proviendrait également du comté de Staffordshire, où se trouve d’importantes manufactures de céramique de la fin du XVIIIe, et notamment celle de Josiah Wedgwood.

Boucle de chaussure en biscuit de porcelaine, vers 1790. © Manchester City Galleries

Je ne connais pas à ce jour de témoignage d’un usage en France de boucles en faïence. Un lecteur qui en saurait plus long serait prié de m’en faire part, en me contactant par cette page.

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Les boucles de deuil

Boucles de deuil vers 1780 ("Deuil de soie")

Au XVIIIe siècle, les rituels du deuil sont extrêmement codifiés, et les boucles de chaussures, comme accessoires évidents de l’habillement, participent de cette codification. Avant d’en détailler l’usage, un bref rappel des rituels du deuil au XVIIIe et début du XIXe s.

Pour le décès d’un père, d’une mère, d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un mari, d’une femme, d’un frère ou d’une sœur, le « GRAND DEUIL » est de rigueur. Le Grand Deuil se partage en trois temps : « deuil de laine », « deuil de soie », et « petit Deuil ». La durée du Grand Deuil, et subséquemment de chacune des périodes, est variable selon la qualité du défunt. On compte un an et six semaines pour la perte d’un époux, à deux mois pour la perte d’un frère. On notera, et cela est important, qu’en France les parents ne portent pas le deuil d’un enfant disparu.  Pour le décès d’un oncle, d’une tante, d’un cousin germain, d’un oncle éloigné, ou d’un cousin éloigné, on porte le « DEUIL ORDINAIRE », qui ne compte que deux périodes : le « deuil de soie », et le « petit Deuil ». Enfin, à Versailles, le roi peut décider un « deuil de cour » dont il fixe la nature (« grand deuil » ou « petit deuil ») et la durée. Un « Grand deuil » de cour se partage dans les mêmes temps que les grands deuils particuliers, c’est-à-dire « deuil de laine », « deuil de soie » et « petit deuil ».

Les « boucles de deuil » ne sont portées qu’en cas de « grand deuil », et dans la première période uniquement dite « deuil  de laine » : elles sont « noires », ou « bronzées », c’est-à-dire en argent, en acier ou en bronze noircis. Dès la seconde période, en « deuil de soie », les boucles d’argent sont admises, même si on voit aussi des boucles de pierres noires. Le petit deuil, comme le deuil ordinaire, prescrit les boucles d’argent et autorise même les boucles enrichies de diamants.

Notons enfin que le Roi porte le deuil en violet et que le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais  (Paris, 1816) précise que dans le premier temps d’un grand deuil de cour, (« deuil de laine »)  le roi porte des « souliers de drap violet, avec les boucles d’acier tirant sur le violet ». Il s’agit certainement d’acier bleui. Le détail de l’habillement du roi est si caractéristique qu’il a semblé intéressant d’y consacrer un article documentaire.

Vous trouverez davantage de précisions sur : http://www.blason-armoiries.org/institutions/d/deuils-particuliers.htm

Boucles de souliers de deuil, en pâte de verre noire, vers 1780 ("Deuil de soie")


		
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Les « enganteurs d’attaches »

Les boucles de souliers sont des joyaux très apparents; et attirent bien des convoitises. La bienséance autant que la prudence commandent au XVIIIe siècle de ne pas porter en ville des boucles d’or et de pierreries, et de les réserver aux intérieurs. Néanmoins, les boucles d’argent motivent des vols et des agressions parfois mortelles, de même que les boucles d’imitation (en similor, pomponne, strass etc.) et les boucles précieuses d’imprudents ostentatoires…. Les voleurs de boucles sont, dans leur argot, des « enganteurs d’attaches ».

L’argot des voleurs est bien connu des parisiens au XVIIIe s. Le Jargon de l’Argot réformé, publié en 1628 par Chéreau, marchand drapier de Tours, est réédité très souvent jusqu’en 1849. Les comédiens Grandval père (1676- 1753) et surtout fils (1710-1784) popularisent un genre  et un parler « poissard », abondamment repris par Vadé (La Pipe cassée, 1743), Caylus, dans ses Oeuvres badines (1757), Lécluse , ou Bouchard (Madame Engueule, 1754). Le Rat du Châtelet, en 1790, rapporte des conversations argotiques assez savoureuses, d’autant que l’auteur se dissimule derrière une candeur feinte : « J’eus beau faire pour écouter, j’entendis tout et ne compris rien ; c’était, je crois, un composé de mots grecs, hébreux et français. Combien j’ai regretté de n’avoir pas étudié toutes les langues ; j’aurais, peut-être, appris bien des choses. »

Les boucles sont donc les « attaches ». On précise souvent « attaches de passes » ou « attaches de passifs » pour boucles de souliers. On les détaille aussi selon leur matière; on trouve « attaches brillantes » pour les boucles précieuses. Les « attaches de cé » sont les boucles d’argent ( On trouve couramment « cé » pour l’argent métal au XVIIIe et début XIXe s., sans que l’étymologie n’en semble évidente. Le Rat du Châtelet (1790) indique par exemple « bêtes à cornes en cé », pour fourchettes en argent). On trouvera aussi, toujours dans le sens de « boucles de souliers en argent », « attaches d’auber » ou « attaches d’huile ». Les boucles d’or massif sont, elles, les « attaches d’orient ».

Oudry, illustration pour "Le mari, la femme et le voleur" de Jean de La Fontaine.

Un chant épique entendu par en 1811, et publié par Chabot en 1834, rapporte une agression sur le Pont-au-Change :

« Dessus le pont au Change
Certain valet de chambre
S’écria au charron ;
Et moi qui suis bon drille,
Sûr, je vais droit au pentre
Enganter son chasson.

Son chasson, sa toquante,
Ses attaches brillantes,
Ses passifs radoucis,
Son frusque et sa lisette,
J’ai enganté sans cesse,
Puis j’ai défouraillé. »

Notons que les « passifs radoucis » sont des souliers luxueux, de peau fine ou de soie.

De même, en 1828, Vidocq, dans ses supposés Mémoires, rapporte un chant dans lequel un bourgeois (un « chêne ») est assassiné et dépouillé . La description de ses atours est minutieuse…

« J’ai sondé dans ses vallades,

Son carle j’ai pessigué,

Son carle, aussi sa toquante,

Et ses attaches de cé

Son coulant et sa montante,

Et son combre galuché

Son frusque, aussi sa lisette,

Et ses tirants brodanchés. »

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Une boucle étonnante des années 1780

Dans son travail d’inventaire de l’orfèvrerie de Lyon et de Trévoux (1999-2001), Mme Marie-Reine Jazé-Charvolin a recensé, dans une collection privée, une boucle XVIIIe étonnante par son décor. Le cadre rectangulaire de la boucle est remarquable : les bords latéraux sont chantournés, tandis que les bords supérieurs et inférieurs sont dentelés, suivant un motif relativement atypique. Aux quatre angle, une fleur de lys inattendue sur ce type de bijou.

Boucle de soulier - Lyon 1781-1785 photo Inv. J.M. Refflé 99690210X - Droits réservés

Le cadre est en fonte d’argent. Les quatre fleurs de lys en argent sont rapportées, ce qui peut laisser envisager une pose de ces attributs postérieure à la fabrication. Le système de fermeture, à goupille, ardillon double et chape, est en acier.

La boucle mesure 7,3 x6 centimètres, et pèse, tout compris, environ 70 grammes.

Ce sont les poinçons au dos qui permettent de la dater. Au centre, deux S séparés par un « grain de remède », indique l’orfèvre Sébastien Saulnier, reçu maître à Lyon en 1781. A droite, un Lion couronné avec en-dessous la lettre « a » minuscule correspond au poinçon de la Communauté de Lyon entre 1778 et 1785. Enfin, à gauche, la lettre L est le poinçon de charge des menus ouvrages pour Lyon entre 1781 et 1787. La boucle a donc certainement été réalisée entre 1781 et 1785, par Sébastien Saulnier, maître orfèvre à Lyon. Les fleurs de lys peuvent avoir été rapportées ultérieurement.

Au revers, successivement le poinçon de charge des menus ouvrages de Lyon, le poinçon du maître orfèvre et le poinçon de communauté. Photo Inv. J.M. Refflé 99690466X - Droits réservés

Revers de la boucle. Photo Inv. J.M. Refflé 99690161X - Droits réservés

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Les boucles de souliers de Bonnie Prince Charlie

Boucles de souliers de Bonnie Prince Charlie, strass et argent. Tous droits réservés par Scottish Archives

L’Université de Stirling, en Ecosse, conserve dans un écrin ancien une célèbre paire de boucles de souliers : celles de Charles-Edouard Stuart (1720-1788), affectueusement surnommé Bonnie Prince Charlie par ses partisans. Dans l’écrin, une note manuscrite détaille la provenance « Donné par Charles-Edouard Stuart à la tante du Col. John Roy Stuart, laissé à sa fille Anne Stuart qui le légua à son petit-fils William Smith, etc. » Elles semblent dater de la fin des années 1770; elles sont en argent, acier (système) et strass. Il s’agit, pour les Ecossais et tout spécialement pour les jacobites, d’une relique historique précieuse.

Le beau prince Charlie (« bonnie » signifie « beau » en écossais) est le petit-fils du roi Jacques II d’Angleterre. Celui-ci, qui régnait également sur l’Ecosse (Jacques VII d’Ecosse), avait été déposé en 1688 par la Glorieuse Révolution menée par les protestants et par les troupes hollandaises de son neveu et gendre, Guillaume d’Orange, qui lui succède. La loi de « succession protestante » (1701) écartent définitivement du trône les Stuart, catholiques, et conduit à l’élévation sur le trône de l’Electeur de Hanovre Georges Ier, en 1714.

Elevé en exil, à Rome, Charles-Edouard Stuart débarque le 23 juillet 1745 à Eriskay. Il est un séduisant jeune homme de 24 ans qui réussit à fédérer autour de son  enthousiasme les partisans de la dynastie Stuart, les « jacobites » ( fidèles de Jacques II d’Angleterre, puis de Jacques Stuart, respectivement grand’père et père de Charles-Edouard). Jeune héros à la fois pré-romantique et chevaleresque, on l’appelle « le jeune Prétendant » ou « le Jeune Chevalier ». Il conquiert les grandes places d’Ecosse – Edimbourg et Glasgow – puis pénètre en Angleterre jusqu’à Derby, à 192 kilomètres de Londres, à la fin de 1745. Contraint de se replier, il est définitivement défait par les Anglais partisans de la famille protestante de Hanovre, à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. Il s’enfuit déguisé en femme de chambre, sous le nom de Betty Burke, gagne la France, puis l’Italie. Son équipée aura duré moins d’un an, mais reste un moment héroïque de l’histoire écossaise. Son échec consacre également la fin de l’indépendance du royaume d’Ecosse, déjà intégrée dans le Royaume-Uni depuis l’Acte d’Union de 1707.

Charles-Edouard Stuart vers 1730, par Antonio David

Bonnie Prince Charlie hérite à la mort de son père, en 1766, des prétentions sur le royaume d’Ecosse et d’Angleterre sous le nom de Charles III, mais il utilise en exil le titre de comte d’Albany. Il épouse en 1772, à 51 ans, la princesse de Stolberg, âgée de 20 ans. Cette union est malheureuse : les époux se séparent en 1780 et Bonnie Prince Charlie, ayant sombré dans l’alcoolisme, s’éteint le 31 janvier 1788.

Charles Edouard Stuart vers 1785, par Hugh Hamilton.

Notons enfin que, parmi ce qu’il est convenu d’appeler les « reliques jacobites », le Musée d’Histoire de la Caroline du Nord, aux Etats-Unis (North Carolina Museum of History) conserve également de ravissantes boucles de chaussures, en strass verts et blancs, des années 1770, ayant  appartenu, dit-on, à Flora MacDonald, la jeune fille qui aida en 1746 Bonnie Prince Charlie à s’enfuir, soit par charité, soit par conviction. La légende leur prête une idylle, assez infondée. Ces boucles auraient été offertes par Flora MacDonald, alors émigrée en Caroline du Nord, à son amie Jane Dunbidden, dans la famille de laquelle elles demeurèrent, avant d’être léguées au Collège Flora MacDonald.

Boucles de Flora MacDonald, v. 1770, NCMH

La fonte massive des boucles de souliers en 1789

Le député d’Ailly, à l’origine du sacrifice des boucles d’argent des députés le 20 nov. 1789

Dès l’automne 1789, la nécessité de compenser l’effondrement des recettes fiscales du royaume suscite un élan collectif de dons de numéraires et de bijoux, parmi lesquels les boucles de souliers deviennent un enjeu symbolique.

Le 7 septembre 1789, un groupe de onze femmes – artistes ou femmes d’artistes – se présente devant les membres de l’Assemblée nationale à Versailles pour faire don à la nation d’une cassette contenant leurs bijoux. Ce geste symbolique de renoncement à la parure et au luxe pour le bien public connait un retentissement très important, popularisé par plusieurs gravures.  Deux bureaux organisés de « dons patriotiques » s’ouvent, dirigés l’un par Mme Pajou (fille et femme de sculpteur), l’autre par Mme Rigal, épouse d’orfèvre. Le 18 septembre, l’Assemblée publie un décret encourageant les dons patriotiques, le nom des donateurs étant publié sur un registre. Le 22 septembre, le roi Louis XVI envoie sa vaisselle de métal précieux à la fonte (au total  9 442 marcs d’argent et 230 marcs d’or), imité par la Reine (3 607 marcs d’argent).

Il semblerait que ce soit le fils Knapen, célèbre imprimeur, qui ait le premier indiqué que les hommes ne devaient pas être en reste sur les femmes, et offrir à la Nation leurs boucles de souliers. On publie alors toutes sortes de chiffres assez fantaisistes sur ce que pourraient rapporter les « dons patriotiques » de boucles de chaussures. On avance le chiffre de 6 millions [1], voire de 40 millions de livres, dont 600 000 pour les citoyens-soldats [2] ! « On diffère d’une manière étonnante dans les conjectures sur les produits de ce genre de sacrifice, indique le Journal de Paris le 6 décembre 1789; les uns disent que cela rendra jusqu’à vingt millions, les autres ne veulent pas même que cela rende un seul million. Il faudra savoir combien de gens en portent, ensuite combien de gens les donneront. On n’a aucune de ces deux données. »

Le 20 novembre 1789, les députés offrent solennellement leurs boucles d’argent à la Nation, à l’initiative de Michel-François d’Ailly, député de Chaumont-en-Vexin. « L’honorable membre, dit le Moniteur, en donne le premier l’exemple, en ôtant les siennes ». Ils sont bientôt imités par la Commune de Paris le 22 novembre et par les districts. Le marquis de Villette offre toutes ses boucles, celles de sa Maison, puis, en décembre, celle des patriotes du Club National qu’il préside. De nombreuses villes envoient les boucles de leurs citoyens à l’Assemblée. Bientôt, ceux qui conservent des boucles d’argent à leurs souliers apparaissent suspects. Le Dictionnaire national définit les « boucles d’argent » comme un « ornement superflu, qui désigne un aristocrate ou un égoïste au  cœur de bronze. » Le Journal des Révolutions de l’Europe note, en novembre 1789 : « Aujourd’hui, les boucles d’argent semblent être proscrites ; dans les rues de Paris, on hue ceux qui en portent encore; chacun a des cordons à ses souliers ou des boucles de cuivre. »

En mars 1790, les « dons patriotiques » n’avaient cependant rapporté qu’un million à l’Etat. Encore faut-il mentionner, échappant aux comptes généraux, des initiatives locales. Ainsi le docteur Nicolas Rougnon, à Besançon, invite ses concitoyens à sacrifier leurs boucles d’argent pour acheter du blé en faveur des indigents.

Illustrations de l’esthétique d’un siècle, les boucles de souliers d’argent sont ainsi devenues, en 1789, le symbole d’une société égoïste et frivole à abattre.

Don patriotique des illustres françoises en sept. 1789. Anonyme, 1791

Don patriotique des illustres françoises en sept. 1789. Anonyme, 1791

[1] le Dictionnaire national, 1790, article Boucles.

[2] Chronique de Paris, septembre 1789

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Les boucles à la d’Artois, « Artois buckles »

Le Beau comte d’Artois, par Danloux (1798)

« Boucles à la d’Artois », ou « Artois buckle » en Angleterre, est une appellation qui désigne une large boucle de chaussure, de grandes dimensions, à la mode du milieu des années 1770 jusqu’au début des années 1790. Si la mode en est en France et en Angleterre, c’est surtout en Angleterre qu’on leur donne ce nom de « Artois shoe buckles ». On rencontre plus rarement en France « boucles à la d’Artois ». Les historiens, les collectionneurs anglais reprennent de publication en publication l’idée selon laquelle ce nom vient du comte d’Artois, frère de Louis XVI, qui en aurait importé l’usage lors de son « ambassade » à Londres. Or, sans être spécialiste de Charles X, je ne vois pas du tout quelle ambassade il effectue à Londres, où l’appellation « Artois shoe buckles » est attestée dès 1777. Cette année-là, le Gentleman’s Magazine de Londres note que « les boucles de chaussures d’Artois deviennent universelles pour les dames comme pour les gentilshommes [The Artois buckles are become universal for ladies and gentlemen]: les tailles de certaines, portées à la cour, sont gigantesques ». Soit ce nom vient effectivement du comte d’Artois, dont l’élégance affectée était bien connue, soit l’origine est autre…Et l’on sait combien en matière de noms, de qualificatifs, ce cher XVIIIe siècle est inventif (robe à la Polonaise, couleur les yeux du roi, etc..).

Les « Artois buckles » sont dans ces années 1770-1780, indissociables de l’élégance d’un « Beau ». Le conférencier Didier Doré me signale qu’en 1779, dans sa pièce The Son in Law (le gendre) l’acteur et dramaturge irlandais John O’Keeffe (1747-1833) fait de l’un de ses personnages le miroir des dernières modes. Les vers qui suivent étaient l’un des hymnes des élégants :
« This face observe, discerning fair,
Observe each motion debonair;
My artois buckles when you view,
In shining sable satin shoe,
You’ll say, that I’m, from top to toe,
A monstrous handsome city beau. »
 !!!

(…lorsque vous regardez mes boucles d’Artois, sur mes chaussures satin noir brillant, vous direz, que de la tête aux pieds, je suis suis un Beau d’une beauté dévastatrice!)

Boucles de chaussures masculines 1777-1785        Los Angeles County Museum of Art, M.80.92.6a-b.

A quoi ressemblaient « the oversized Artois buckles named after the Comte d’Artois » ? Le qualificatif « oversized » [surdimensionné] en dit long. A partir des années 1740, la taille de la boucle de chaussure masculine se stabilise à environ 6 x 5cm. Dans les années 1770-1780, la dimension moyenne des boucles – je me fonde de manière très parcellaire sur celles qu’il m’a été donné d’étudier – augmentent : elles s’élargissent pour couvrir totalement le coup de pied; En moyenne 7 à 8 x 5 cm, environ. Pour l’essentiel, elles ne font que s’élargir, sans gagner nécessairement en hauteur. Elles peuvent être bien plus imposantes, ce qui explique la raillerie de Frédéric II le Grand sur nos boucles de « harnais de carrosses »…. J’en connais une paire étonnante, et esthétiquement pas très heureuse, de 11,6 x 4,6 cm ! Celles d’un genre dont se plaint Vaublanc dans ses Mémoires... J’en connais également une paire, très jolie, des années 1780, de 9,7 x 7,5 cm. Elles ressemblent tout à fait à celles que porte Lavoisier dans le tableau de David, et qui couvrent entièrement le cou de pied. J’ai également publié sur mon blog sur ces boucles en Wedgwood du V&A : elles mesurent 8,6 x7,8 cm.

Peut-être par rivalité avec le Beau comte d’Artois, le fils prodigue de George III d’Angleterre, de cinq ans le cadet du prince français, lança en Angleterre dans les années 1780 une forme de boucle nouvelle, très large et très étroite (5 inches x 1 inch). Mais ces boucles étranges, qui divisèrent les élégants britanniques, sont aujourd’hui considérées comme un avatar des boucles à la d’Artois, ce dont leur promoteur, le prince de Galles, enragerait…

Voilà pour l’histoire. Les boucles d’Artois étant les plus prisées par les collectionneurs, elles sont en général qualifiées ainsi dès qu’elles mesurent plus de 6 ou 7 cm de large. Sont également appréciées, aujourd’hui, dans les Maisons de Ventes, ses qualités esthétiques : la boucles d’Artois est très souvent richement ornée de pierres, de strass, de filigranes, et même de camées. Aujourd’hui, boucle d’Artois veut dire essentiellement boucle de belle dimension, et de belle facture. Des boucles un peu grossières, même de grandes dimensions, ne seraient sans doute pas qualifiées de « Boucles d’Artois ».

Les boucles à bord des épaves de la Natière (1704/1749)

Teddy Seguin (Adramar) © MCC / DRASSM Coincée par le chaos du naufrage au milieu de cordages et de rondins, noyée dans la vase grise, une chaussure en cuir de l’équipage surgit au cours de la fouille de l’épave de la Dauphine (1704). (Cliché : NAT02_SM0176)

Les fouilles sous-marines de la Natière, dans la baie de Saint-Malo, ont depuis 1999 mis à jour de très nombreuses chaussures, et leurs boucles, sur les épaves de la Dauphine (qui a sombré en 1704) et de l’Aimable-Grenot (6 mai 1749). « Le site de la Natière, explique, enthousiaste, Michel L’Hour, conservateur en chef au DRASSM [ département des Recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines], est un des plus attractifs au monde. Ailleurs, les épaves sont souvent en mauvais état. Ici, c’est un véritable Pompéi sous-marin. Les sites sont tels qu’ils se trouvaient au moment du naufrage. » [ AFP, 25/07/2006].

La très grande rapidité des naufrages, qui n’a pas permis aux marins d’emporter leurs effets, et les dépôts d’alluvions sur le site de la Natière en font des épaves extrêmement riches d’enseignements sur le quotidien des équipages. Sur la seule Dauphine, 2 000 objets ont pu être analysés par les archéologues.

Ils confirment ce que nous savons de la boucle de soulier. Au début du XVIIIIe s. la boucle est de petite taille, centrale ou souvent latérale. « Façonnés en cuir et munis, pour l’essentiel, de talons en lamelles de cuir chevillées, les souliers de La Dauphine étaient pourvus d’une petite boucle latérale » précise une publication du DRASSM. A partir de 1740, la boucle est large (environ 6 x 5 cm) et se referme au centre de l’empeigne : les souliers de l’Aimable-Grenot (1749) en sont représentatifs. On note que les boucles retrouvées dans l’épave de l’Aimable-Grenot sont caractéristiques de l’époque Louis XV avec une ornementation rococo. Elles sont en métal cuivreux – bronze ou laiton – de médiocre valeur (voir photographie plus bas).

Les fouilles de la Natière nous renseignent plus précisement sur l’usage et l’usure des souliers à boucles : « On remplaçait la boucle par des lacets lorsque l’extrémité des pattes de fixation de la boucle venait à lâcher [i.e des pattes de quartiers], ou l’on transformait la chaussure en mule ou en sabot lorsque ces pattes étaient inutilisables… » (http://epaves.corsaires.culture.fr)

Teddy Seguin © MCC / DRASSM Chaussure en cuir découverte sur l'épave de la frégate la Dauphine (1704) après traitement. (Cliché : Nat 1182)

Teddy Seguin (Adramar) © MCC / DRASSM Boucle de chaussure en alliage cuivreux trouvée sur l'épave de L'Aimable Grenot (1749). (Cliché : Nat 2945_1)

Boucles de souliers de Napoléon à Sainte-Hélène

Boucles de chaussures de Napoléon à Sainte-Hélène © RMN / Gérard Blot

Les collections nationales françaises comportent peu de boucles de chaussures. Le catalogue des collections de la Réunion des Musées nationaux ne présente que trois articles, dont une intéressante paire de boucles ordinaires, admise comme ayant été portée par Napoléon à Sainte-Hélène. Elle a été offerte en 1979 par le prince Napoléon au musée national du château de la Malmaison.

Il s’agit de deux boucles rectangulaires aux angles arrondis, légèrement bombées, décorées de filets creusés dans le corps. Chaque boucle mesure 65mm de long par 45 mm de large.

Poinçon au 1er Coq (1798-1809) de 2e titre

Elles semblent avoir été en vermeil, sur argent massif 2e titre (800/1000) identifié par le poinçon au premier coq tourné vers la gauche et chiffre 2 (pour 2e titre), en usage entre 1798 et 1809. Ces boucles portent également le poinçon du maître orfèvre, les  lettres « J.H » et en dessous « L » dans un losange vertical, sur la tranche : il s’agit de Jean-Henri Loublié, dont le poinçon caractéristique a été insculpé à Paris en 1807.  La lecture des poinçons est toujours intéressante. Ici ils permettent de dater assez précisément la fabrication des boucles, postérieure à 1807, mais antérieure à 1809. Vers 1808, donc. Les boucles portent enfin un poinçon de grosse recense (tête casquée tournée vers la droite), elles ont certainement donc été vendues après le changement de poinçon de 1809.

Le système d’attache est en acier, à chape et contre-chape articulé autour de la tige centrale. Les ardillons sont en forme de fourche.

Madame Claudette Joannis, rédactrice de la fiche d’inventaire, note : « Plusieurs boucles de chaussures et de col sont mentionnées dans le testament de Napoléon : elles sont en diamants et en or, et destinées à sa famille. Non mentionnées, celles-ci, plus simples, relevaient de son usage quotidien durant son exil à Sainte-Hélène. Cet usage est tardif car les boucles disparaissent des chaussures masculines à la fin du XVIIIe siècle. »

Ajoutons toutefois une précision aux propos de Claudette Joannis : le goût personnel de l’Empereur pour les boucles de souliers amène, sous l’Empire, à un bref retour en vogue de ce système de fermeture. En réalité, les chaussures masculines étant alors très décolletées, sous la forme d’escarpins, la boucle est souvent plus ornementale qu’utilitaire même si elle conserve son système de fermeture.

L'Empereur Napoléon, peint par David en 1812 aux Tuileries, portant des boucles à ses souliers

L’Empereur Napoléon, peint par David en 1812 aux Tuileries, portant des boucles à ses souliers

Paire de boucles ornées de camées en Wedgwood (vers 1790)

Boucle de chaussure, acier taillé et céramiques, V&A Museum M.2-1969, Londres.

Cette paire de boucles de chaussures fait partie des collections du V&A Museum de Londres (Joaillerie, pièce 91 – Inv. M.2-1969).

Elle est spectaculaire par ses dimensions (long. 8,6cm; larg. 7,87 cm; ép. 3, 02 cm) et par ses matériaux.

Le tour de la boucle est fait en acier taillé, dit en pointes de diamants. Cet acier très brillant est en vogue dans toute l’Europe à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Il est essentiellement produit en Angleterre, et si estimé que les boucles d’acier s’achètent parfois au poids de l’or.

Les médaillons sont des camées en Wedgwood, une céramique mise au point par Josiah Wedgwood (1730-1795) et qui imite les camées en pierres dures ou en coquillages. Josiah Wedgwood est un inventeur de génie, et grand industriel, qui met au point des techniques révolutionnaires et des matériaux nouveaux : une faïence « cream-ware », un biscuit de basalte et un biscuit de jaspe coloré (« jasperware »). Les couleurs qu’il met au point sont caractéristiques : vert, rose, et surtout un bleu très typique, légèrement teinté de gris, le bleu Wedgwood.  Si la fabrique de Josiah Wedgwood ouvre en 1759, ces camées sont mis au point et perfectionnés dans les années 1770-1780, avec comme point d’orgue la réalisation d’un vase entier, le vase Portland, après trois années de travail, en 1790. La mode classique et néo-antique, après l’identification du site de Pompéi en 1763, assure un très grand succès européen aux articles « à l’antique » de Wedgwood. Il diffuse très largement un « Catalogue de camées, intaglios, médailles, bas-reliefs, bustes et petites statues. Accompagné d’une déscription générale de diverses tablettes, vases, écritoires, at autres articles tant utiles que pûrement agréables ; le tout fabriqué en porcelaine et terre cuite de differentes espèces, principalement d’aprés l’antique, et aussi d’après quelques uns des plus beaux modèles des artistes modernes. (London 1788-90)

Aussi, en l’absence de poinçons, il est possible de dater cette paire de boucles des années 1790 en raison de ses dimensions très larges, de son système à contre-chape et des petits médaillons en Wedgwood. Le V&A la date plus largement « entre 1776 et 1820 ».

Une brève histoire de la boucle de chaussure masculine

Boucles de chaussures masculines en écrin, vers 1780

Le soulier masculin moderne, à talons et lacets, nait vers 1610 et, dès cette époque, on en soigne la fermeture : on noue, en guise de lacets, des rubans. On forme des rosettes. On ajoute des ornements, qui, dans les années 1660-1670, deviennent très fantaisistes : grosse rose de rubans plissés, cascade de ruban en « petite oie » ou grandes raquettes montées sur métal, en ailes de moulin à vent ou de libellule.

C’est dans ce foisonnement d’excentricités qu’apparaît la boucle de chaussure. Décorative et précieuse, elle est aussi fonctionnelle : elle permet une fermeture rapide des pattes de quartier sur l’empeigne. Premier à en laisser un témoignage, Samuel Pepys, dignitaire anglais, note dans son journal à la date du 22 janvier 1660 «This day I began to put buckles on my shoes » (Aujourd’hui, j’ai commencé à mettre des boucles à mes chaussures). Comme souvent pour les modes, les Anglais en attribuent l’invention aux Français, tandis que les Français appellent les chaussures à boucles « souliers à l’anglaise ».

Apparue vers 1660, démodée vers 1670, revenue vers 1680, la boucle ne s’impose qu’au début du XVIIIe siècle, comme la fermeture évidente du soulier élégant. A la Cour, à la ville, les hommes portent en journée de grosses boucles d’argent, plus ou moins travaillées, mais aussi d’or ou de bronze argenté. Le deuil proscrivant l’or et l’argent brillants, les élégants affligés usent de boucles en argent noirci ou en acier taillé. Les boucles d’acier produites à Wolverhampton, en Angleterre, très prisées à partir de 1760, sont négociées à prix d’or. L’acier est utilisé également pour les chaussures enfants, car il est moins fragile que l’argent. Pour les cérémonies, les soirées et les bals, les boucles de pierreries sont de mise. Un courtisan possède en général au moins une parure, qui comprend une paire de boucles de souliers, et une paire de boucles de jarretières assortie, plus petites, pour serrer la culotte aux genoux.

Boucle supposée de G. Washington, en argent et strass calibrés v. 1780

L’exploitation des riches gisements de diamants du Brésil, à partir de 1725, donne un nouvel essor aux créations de joaillerie, qui atteignent sous Louis XV une démesure inégalée : les boucles de chaussures en diamants en témoignent. A Versailles, elles sont une obligation du paraître : ceux qui n’en ont pas, s’en font prêter par leur parenté ou leurs amis, voire par la famille royale elle-même. Les boucles de chaussures du prince Electeur de Saxe sont l’un des très rares exemplaires parvenus jusqu’à nous, mais les inventaires français en dénombrent beaucoup à l’époque. Celles du Dauphin Louis, fils de Louis XV, sont estimées à près de 10 000 louis. En 1788, à la veille de la Révolution, Louis XVI – grand amateur de pierreries – en fait réaliser une paire, ornée de 80 diamants identiques, taillés en brillants, pesant chacun plus d’un carat : elle est estimé à 48 000 livres, soit environ 400 000 euros. Livrée en 1789, elle n’est sans doute portée qu’une fois, pour la cérémonie d’ouverture des Etats-Généraux. L’usage des boucles en pierreries dépasse le cadre des soirées de Versailles, ou de Paris puisqu’en 1792 l’inventaire des bijoux de Louis Colas Desfrancs (1735-1820), négociant d’Orléans, compte « deux paires de boucles en diamans (sic) à souliers ». Peut-être s’agit-il dans ce cas de faux diamants, abusant un oeil peu expert ? En effet, au moment même où arrivent en Europe les diamants du Brésil, vers 1730, un joaillier alsacien, Georges- Frédéric Strass, invente un cristal très riche en plomb pour imiter le diamant. Il baptise son invention « pierre du Rhin », mais le public la renomme « pierre de Strass » ou « strass ». Le succès de ces imitations précieuses est tel qu’en 1734, Strass est nommé joaillier du Roi. Les strass permettent de varier à l’infini les modèles, suivant les caprices de la mode, à moindre coût. « Le succès de ces bijoux entraîne la naissance d’une nouvelle corporation, celle des joailliers faustiers  » (1).

Lavoisier, par David (boucles de chaussures d’Artois au premier plan)

Les formes, les motifs, les formats évoluent en effet beaucoup. A partir de 1775, la taille des boucles prend une très grande ampleur, couvrant tout le cou-de-pied. Outre-manche, elles sont appelées « Artois shoe buckles » en référence au comte d’Artois, le plus jeune frère de Louis XVI et futur Charles X, alors célèbre pour son élégance de mirliflore. En 1777, le Gentleman’s Magazine de Londres note que « les boucles de chaussures d’Artois deviennent universelles pour les dames comme pour les gentilshommes : les tailles de certaines, portées à la cour, sont gigantesques ».
Dans ses Mémoires, le comte de Vaublanc se plaint de leur incommodité : « Les hommes portaient d’énormes boucles d’argent, si grandes qu’elles rasaient le parquet des deux côtés ; elles blessaient souvent les chevilles (…) Un présent de ces larges boucles fut envoyé par un de nos princes au prince Henri de Prusse, et le Grand Frédéric s’en moqua beaucoup ; il dit que nous mettions à nos souliers les boucles de nos harnais de carrosses. » (Firmin- Didot, 1857, p. 139) Ces excès déclenchent les railleries. Dans la pièce de Sheridan, Le voyage à Scarborough (1777), Lord Foppington, ironise : si les boucles servaient jusque là à tenir la chaussure, “la situation est inversée maintenant, et la chaussure ne sert plus qu’à tenir la boucle”.

La Révolution française met en effet un terme progressif à l’usage de la boucle précieuse, devenue signe honni de richesse et de coquetterie. Dès l’automne 1789, les « dons patriotiques » envoient aux hôtels des monnaies pour 1 million de livres de boucles de souliers, dans la tradition des fontes d’Ancien Régime. Le Dictionnaire national définit en 1790 les boucles d’argent comme un « ornement superflu qui désigne un aristocrate, ou un égoïste au cœur de bronze« . A partir de 1792, le besoin de financer la guerre contre les souverains européens suscite des cérémonies pendant lesquelles les citoyens envoient leurs boucles de chaussures en argent à la fonte, pour sauver la « Patrie en danger ». En échange, ils reçoivent des boucles carrées, de fer ou de laiton, sur lesquelles une inscription félicite le donateur d’avoir payé « le prix du patriotisme français » : les boucles patriotiques. Ces remises volontaires ne suffisant pas, les autorités révolutionnaires orchestrent des réquisitions forcées de bijoux d’or et d’argent. La Convention, par décret, encourage la dénonciation des matières d’or et d’argent, bijoux et autres effets précieux « cachés ou enfouis ». De grandes quantités de boucles de chaussures d’or et d’argent sont envoyées aux hôtels des monnaies… Les fabricants de boucles anglais s’en désespèrent, et sollicitent la protection du prince de Galles qui, en 1791, promet « très gracieusement » qu’il ne portera que des boucles, et qu’il y invitera toute sa Maison. L’élégance de la réponse n’enraye pas la crise. En Angleterre, pour la seule région de Birmingham-Wolverhampton, le nombre de fabricants de boucles passe de 253 fabricants en 1770 à… à peine 20 en 1818.

L'Empereur Napoléon, peint par David en 1812 aux Tuileries, portant des boucles à ses souliers

L’Empereur Napoléon, peint par David en 1812 aux Tuileries, portant des boucles à ses souliers

Les caprices de la mode n’expliquent pas seuls cette régression : le blocus imposé en 1806 à la couronne britannique par Napoléon y contribue fortement. Bonaparte, premier Consul puis Empereur, porte lui-même des boucles à ses souliers, et encourage une production française, notamment parisienne. La boucle de chaussure masculine jette sous l’Empire (1804-1814) ses derniers feux, qui s’éteindront sous la Restauration (1814-1830).

Le lacet ferme progressivement la parenthèse ouverte cent ans auparavant. La survivance dérisoire de l’usage de la boucle sur l’escarpin de cérémonie, jusqu’en 1850, ne fait qu’en appuyer le passéisme. Dès les années 1820, la boucle de chaussure appartient définitivement à une esthétique nostalgique, celle d’abord des émigrés, puis de quelques dandys à talons rouges. La boucle de chaussure, par les folies élégantes dont elle fut l’objet au XVIIIe siècle, porte pourtant avec elle un peu de la « douceur de vivre » de l’Ancien Régime. Voici certainement ce que les collectionneurs passionnés recherchent aujourd’hui encore dans cet objet insolite, et puissamment évocateur : l’esprit d’un siècle.

(1) Maurice Rheims, Les Collectionneurs, Ramsay 1981, p. 156

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