Archives Mensuelles: janvier 2012

Des boucles de chaussure en faïence

« Des boucles de chaussures en faïence, ça n’existe pas ! Et pourquoi pas… ?  » serait-on tenté d’écrire en plagiant Robert Desnos. On peut en effet peiner à l’imaginer, tant la fragilité de faïence semble incompatible avec l’usage des boucles de souliers.

Nous avions déjà noté cependant la présence d’éléments décoratifs en faïence, comme les pseudo-camées de Wedgwood, enchâssés dans de larges boucles d’acier.

Les collections britanniques, une fois encore, permettent d’attester l’usage de boucles au cadre entièrement en faïence, du moins en Angleterre. Rares sont celles qui sont parvenues jusqu’à nous.

Boucles de chaussures en terre cuite émaillée, v.1780. © Manchester City Galleries

Le musée de Manchester (Royaume-Uni) conserve en particulier une paire de boucles en terre cuite rouge foncé, glacées d’un émail noir orné d’une frise de feuillage blanc. Elles mesurent chacune 6,9 cm de long pour 5,6 cm de large et une épaisseur de 3,3 cm au plus haut de la courbure. Elles ont conservées leur système de fermeture en acier à chape et ardillon double. Datées des années 1770/1790, elles sont entrées dans les collection du musée en 1923. Rien ne permet de renseigner leur usage (boucles de chaussures d’homme ou de femme ? boucles de deuil ? ). Seule leur provenance, le comté de Staffordshire, semble établie.

Le même musée conserve une boucle solitaire, en biscuit blanc émaillé, de grandes dimensions également : 7,3cm x 5,7cm (épaisseur 3,8 cm). La boucle présente un décor intéressant de traits, perles et rinceaux d’un goût Louis XVI rustique, dans les tons bleus, verts, rouge et violet. Elle n’a plus son système d’attache en acier. Datée des années 1780-1800, elle proviendrait également du comté de Staffordshire, où se trouve d’importantes manufactures de céramique de la fin du XVIIIe, et notamment celle de Josiah Wedgwood.

Boucle de chaussure en biscuit de porcelaine, vers 1790. © Manchester City Galleries

Je ne connais pas à ce jour de témoignage d’un usage en France de boucles en faïence. Un lecteur qui en saurait plus long serait prié de m’en faire part, en me contactant par cette page.

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Les boucles d’acier violettes du Roi, en Grand Deuil de Cour

Le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais  (Paris, 1816) rapporte que le roi, dans le premier temps du Grand Deuil de Cour, porte des « boucles d’acier tirant sur le violet« , c’est à dire certainement un acier bleui par chauffe, mais tirant vers le noir, sur des « souliers de drap violet« .

L’intérêt général de cet article du dictionnaire justifie de le citer in extenso :

« GRAND DEUIL DE COUR

Premier temps. — Le roi porte habit, veste et culotte de drap violet ; l’habit boutonné tout du long, sans laisser voir la chemise ; les manches fermées jusqu’aux poings, et garnies de petites manchettes plates et cousues ;

Le collet garni d’un rabat de toile de Hollande ;

Les bas de laine violette ;

Les souliers de drap violet, avec les boucles d’acier tirant sur le violet ;

L’épée garnie d’acier de même couleur, avec le ceinturon de drap violet ;

Le chapeau noir garni d’un crêpe violet ;

Les gants violets avec la garniture.

Les autres personnes portent les cheveux sans poudre, habit de drap noir, souliers bronzés, bas de laine noire, l’épée noire garnie d’un crêpe, boucles noires, cravate de batiste, pleureuses.

Deuxième temps. — Le roi porte habit, veste et culotte de drap violet, bas de soie violette, manchettes de mousseline d’effilé, boucles et épée d’argent, un ruban violet à l’épée ; et pour les autres personnes, habit de drap noir, bas de soie noire, boucles et épée d’argent, un ruban noir à l’épée.

Troisième temps ou petit Deuil. — Pour le roi ainsi que pour les autres personnes, habit noir de soie, épée et boucles d’argent, bas blancs de soie, nœud d’épée noir et blanc.

Pendant le grand Deuil, dans les grandes cérémonies, les hommes ajoutent à leur costume un manteau, un crêpe pendant au chapeau, et une cravate longue.

Le manteau du roi est en violet ; celui des autres personnes est un étoffe de laine noire.

La longueur du manteau se règle suivant le rang de la personne. »

Les souliers mauves du coiffeur Léonard, dans le film "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola (2006)

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Les boucles de deuil

Boucles de deuil vers 1780 ("Deuil de soie")

Au XVIIIe siècle, les rituels du deuil sont extrêmement codifiés, et les boucles de chaussures, comme accessoires évidents de l’habillement, participent de cette codification. Avant d’en détailler l’usage, un bref rappel des rituels du deuil au XVIIIe et début du XIXe s.

Pour le décès d’un père, d’une mère, d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un mari, d’une femme, d’un frère ou d’une sœur, le « GRAND DEUIL » est de rigueur. Le Grand Deuil se partage en trois temps : « deuil de laine », « deuil de soie », et « petit Deuil ». La durée du Grand Deuil, et subséquemment de chacune des périodes, est variable selon la qualité du défunt. On compte un an et six semaines pour la perte d’un époux, à deux mois pour la perte d’un frère. On notera, et cela est important, qu’en France les parents ne portent pas le deuil d’un enfant disparu.  Pour le décès d’un oncle, d’une tante, d’un cousin germain, d’un oncle éloigné, ou d’un cousin éloigné, on porte le « DEUIL ORDINAIRE », qui ne compte que deux périodes : le « deuil de soie », et le « petit Deuil ». Enfin, à Versailles, le roi peut décider un « deuil de cour » dont il fixe la nature (« grand deuil » ou « petit deuil ») et la durée. Un « Grand deuil » de cour se partage dans les mêmes temps que les grands deuils particuliers, c’est-à-dire « deuil de laine », « deuil de soie » et « petit deuil ».

Les « boucles de deuil » ne sont portées qu’en cas de « grand deuil », et dans la première période uniquement dite « deuil  de laine » : elles sont « noires », ou « bronzées », c’est-à-dire en argent, en acier ou en bronze noircis. Dès la seconde période, en « deuil de soie », les boucles d’argent sont admises, même si on voit aussi des boucles de pierres noires. Le petit deuil, comme le deuil ordinaire, prescrit les boucles d’argent et autorise même les boucles enrichies de diamants.

Notons enfin que le Roi porte le deuil en violet et que le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais  (Paris, 1816) précise que dans le premier temps d’un grand deuil de cour, (« deuil de laine »)  le roi porte des « souliers de drap violet, avec les boucles d’acier tirant sur le violet ». Il s’agit certainement d’acier bleui. Le détail de l’habillement du roi est si caractéristique qu’il a semblé intéressant d’y consacrer un article documentaire.

Vous trouverez davantage de précisions sur : http://www.blason-armoiries.org/institutions/d/deuils-particuliers.htm

Boucles de souliers de deuil, en pâte de verre noire, vers 1780 ("Deuil de soie")


		
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Le costume des Députés aux Etats-Généraux

Vous trouverez ici le document portant règlement de l’habillement de cérémonie des Députés aux Etats Généraux, par le Grand Maître des Cérémonies, Henri-Evrard de Dreux-Brézé (1761-1829), qui spécifie les boucles de deuil préconisées aux Députés des Trois Ordres.

Ouverture des Etats-Généraux en mai 1789, peinte postérieurement par Auguste Couder

« Costume de cérémonie de MM. les Députés des trois Ordres aux Etats généraux.

CLERGÉ

MM. les Cardinaux, en chapeau rouge.

MM. les Archevêques et Evêques, en rochet camail, soutane violette, et bonnet carré.

MM. les Abbés, Doyens, Chanoines, Curés, et autres députés du second Ordre du clergé, en soutane, manteau long et bonnet carré.

NOBLESSE

Tous MM. les députés de l’Ordre de la Noblesse porteront l’habit à manteau d’étoffe noire, de la saison, un parement d’étoffe d’or sur le manteau, une veste analogue au parement du manteau, culotte noire, bas blancs, cravate de dentelle, chapeau à plumes blanches, retroussé à la Henri IV, comme celui des chevaliers de l’Ordre : il n’est pas nécessaire que les boutons de l’habit soient d’or.

TIERS ÉTAT

MM. les députés du Tiers état porteront l’habit, veste et culotte de drap, bas noirs, avec un manteau court de soie ou de voile, tel que les personnes de robe sont dans l’usage de le porter à la Cour ; une cravate de mousseline, un chapeau retroussé de trois côtés, sans ganse ni bouton, tel que les ecclésiastiques le portent lorsqu’ils sont en habit court.

"Je suis Député du Tiers", estampe anonyme, 1789.

DEUILS

Deuil du Clergé.

Si quelqu’un de MM. les Archevêques et Evêques députés se trouvent en deuil de famille, ils porteront la soutane et le camail noirs.

MM. les Abbés, Doyens, Chanoines, Curés et autres Députés du second Ordre du Clergé, qui se trouveraient être en deuil drapé, porteront le rabat blanc et la ceinture de crêpe.

Deuil de la Noblesse.

MM. les députés de la Noblesse porteront l’habit de drap noir, avec le manteau à revers de drap, bas noirs, cravate de mousseline, boucles et épée d’argent, chapeau à plumes blanches retroussé à la Henri IV.

S’ils sont en deuil de laine ils porteront également habit, veste, culotte et manteau de drap noir, boucles et épée noires, cravate de baptiste, chapeau à la Henri IV, sans plumes.

Deuil du Tiers état.

L’habit de MM. les députés du Tiers état sera le même, à l’exception que le manteau ne pourra être de soie, mais de voile, et qu’ils porteront les manchettes effilées, avec les boucles blanches, s’ils sont en deuil ordinaire ; et les boucles noires, manchettes et cravate de baptiste, s’ils sont en deuil de laine.

Signé : le Marquis De Brezé. A Versailles, le 27 avril 1789.  »